Qui peut dire ?

December 16, 2017

Le gros avantage de désigner les personnes qui ont le droit de débattre d'un sujet et/ou de décider des paradigmes communs réside dans l'économie de l'énergie et du temps passés à confronter le propos entendu à son propre système valeur. D'ailleurs, confronter un propos à son propre système de valeur implique d'avoir conscience d'en posséder un et par ailleurs de le définir. Quand on est trop occupé à survivre dans ce monde de brut cela relève du luxe. Jusqu'à ce que l'on se retrouve contraint de le faire. C'est l'un des nombreux bienfaits de la nuit noire de l'âme dont je parlais dans la précédente parution. 

Bien souvent la première interrogation que rencontre un propos disruptif et nouveau c'est l'origine de la légitimité que son auteur. Comme si le penser "out of the box" était en soi un crime de lèse majesté. Les profils zèbres sont de grands habitués de la situation. J'ai tendance à penser que la seule opposition de ce contre argument interrogatif trahi un interlocuteur désarmé et frustré de n'avoir aucun répondant devant une telle audace de penser. Et si l'autre avait raison avant moi ? Et si j'avais tort depuis tout ce temps ? De quoi ai-je l'air tout d'un coup ? Comment se permet-il de penser par lui même ? Est-ce que moi même j'en ai le droit ? etc.

Croyez bien que je prends toute la mesure d'un tel désarroi et de l'angoisse mortifère qu'elle entraine inexorablement. J'ai bien conscience du confort du prêt-à-penser et du malheur qui s'abattrait sur quiconque oserait envisager de s'en éloigner. J'ai également compris que pour un esclave de compétition la liberté de penser surpasse l'effroi d'un tableau d'Edvard Munch. Rassurez-vous, malgré toutes les raisons de ne pas y croire, il est encore possible d'échapper aux fatwas de la normo-pensance, de la neurotypie et de la pensée conventionnelle. Quelques sociologues avides d'étiquettes et de définition ont affublé de l'appellatif de "créatifs culturels" les individus qui non seulement se permettent la pensée disruptive mais en plus incarne à eux seuls un modèle social totalement détaché de quelque notion de validation extérieure que ce soit. Les "créa-cu" comme on dit, serait un groupe socio-culturel à la pointe du changement social complètement protéiforme, jailli spontanément qui fonctionne de façon totalement aléatoire et sans organisation aucune et surtout qui pèse de plus en plus sur la démographies des sociétés occidentales. Pour exemple, certains de ceux que l'on appelle aussi les "CC" pensent que la science est une religion comme une autre. D'autres soutiennent que la vie de famille n'est aucunement synonyme de couple, d'autres encore que la polyamorie est le moins que l'on puisse espérer d'une relation de couple. Pour bon nombre d'entre eux la propriété privée n'est pas souhaitable. On envisage même le bon sens pourrait être aux épreuves du baccalauréat pour peu qu'il existe encore et que le groupe est au service de l'individu sans pour autant que la réciproque soit vrai.

Cette frange grandissante de la population dont je fais moi-même partie, compose l'essentiel de mes interlocuteurs professionnels. Vous comprenez alors ma surprise lorsque des internautes me demande si je suis suffisamment diplômé pour tenir les propos que vous me connaissez à propos de la perversion narcissique, des relations toxiques et de ma définition même des Haut Potentiel.

Ne vous méprenez pas, les créatifs culturels ne sont pas une mode passagère, une tendance de plus. Ils constituent les nouveaux mawons, le socle social sur lequel repose ce que certains appellent très sérieusement "la Nouvelle Terre". Cela vous effraie ? Ne vous en faites pas, ça ne fait que commencer.

 

 

 

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